LOUVES

mères, mémoire et foyer

Fr. Louves est une série qui s’ancre autour d’une image centrale : celle d’une maison. Une maison suspendue dans l’immensité des intimités, qui invite à questionner le rapport au foyer.

Ce sentiment d’isolement, éprouvé durant les nuits les plus hachées, au rythme du bercement d’un être en devenir, révèle une facette essentielle de la maternité. Les nuits interminables ; que l’on sait pourtant passagères, l’odeur enivrante des bébés, ces regards-papillons qui, très vite, ne deviennent plus que des souvenirs.

Cette maison repose sur le flanc des vies intimes des mères et les invite à écouter ce que cette expérience fait résonner en elles. À travers les récits de celles qui s’y sont senties accueillies, Charlotte construit une narration qui explore le lien entre maternité et refuge, comme un seul et même souffle.

Lorsque la tension quitte le corps des mères, surgit ce moment fragile où la vulnérabilité peut enfin se dire. Dans les nuits morcelées reposent, silencieux, les cœurs de louves.

Parmi les dizaines de mères ayant témoigné et souhaité prendre part à l’écriture photographique de cette série, le témoignage de Juliette Mogenet a particulièrement retenu son attention. Autrice du podcast, « Comment j’ai retrouvé ma mère », elle a prêté sa plume et sa voix à Charlotte dans un enregistrement sonore. Ce récit prolonge la série par une parole incarnée et intime, laissant émerger une autre voix que celle de l’artiste : celle d’une mère.

« Août 2023. Une fête de famille dans la maison de mes grands-parents. La dernière. Le plus souvent, quand c’est la dernière fois, on l’ignore. On s’en rend compte bien plus tard, on y revient en regardant par-dessus notre épaule : tiens, c’était la dernière fois que je le voyais, et je ne le savais pas. La dernière conversation, le dernier fou-rire, la dernière fête, le dernier baiser, la fin de la vie ou celle de l’amour arrivent par surprise, on ne constate qu’après l’avoir perdu ce qui était bien là, vivant. Les dernières fois sont plus floues que les premières. Elles sont diffuses, volatiles, nous échappent.

Mais cette fois, on savait. Que c’était la dernière. La dernière fête dans cette maison qui ressemble tant à celle de ta photo. Cette maison comme posée sur le flanc d’une colline, forêt à l’arrière, lumière à l’intérieur. 

Août 2023. Pendant la fête, ma cousine me tatoue à l’aiguille une petite maison. A l’intérieur du poignet, là où la peau est fine et douce comme celle d’un enfant. Une maison pleine de symboles. Une maison pour se souvenir toujours de celle-là, qui a accueilli nos enfances. Une maison pour la joie, la confiance, la chaleur. Une maison encrée pour ancrer, pour garder trace malgré les mémoires tremblantes, trouées. Une maison pour les maisons du passé et pour les maisons à venir. Une maison pour les foyers à construire, une maison qui accueille et qui rassure, une maison de grandes tablées et de petits matins à nous, une maison à la fois ouverte et fermée, joyeuse et feutrée, colorée et calme. Une maison où l’on puisse trouver la solitude, mais jamais ressentir l’isolement. Cette maison-là, que je veux construire pour mes enfants. » — Juliette Mogenet

En. Louves is a series anchored around a central image: that of a house. A house suspended in the vastness of intimacies, inviting a reflection on the concept of home.
This feeling of isolation, experienced during the most fragmented nights, in rhythm with the rocking of a being yet to come, reveals an essential facet of motherhood. The endless nights ; though we know they are temporary ; the intoxicating scent of babies, those butterfly-like glances that, all too soon, become nothing but memories.

This house rests upon the intimate lives of mothers and invites them to listen to what this experience awakens within them. Through the stories of those who have felt welcomed there, Charlotte constructs a narrative exploring the connection between motherhood and refuge, as if they were one and the same breath.

When tension leaves the mothers’ bodies, a fragile moment emerges, in which vulnerability can finally be voiced. In these fragmented nights, silently, lie the hearts of she-wolves.

Among the dozens of mothers who testified and wished to take part in the photographic writing of this series, the testimony of Juliette Mogenet particularly caught her attention. Author of the podcast “How I Found My Mother”, she lent her pen and voice to Charlotte in a recorded audio piece. This narrative extends the series through an embodied, intimate voice, allowing another voice to emerge alongside that of the artist: that of a mother.

« August 2023. A family gathering at my grandparents’ house. The last one. Most of the time, when it’s the last time, we don’t know it. We only realize it much later, looking back over our shoulder: oh, that was the last time I saw them, and I didn’t know it. The last conversation, the last laugh, the last celebration, the last kiss, the end of life or the end of love arrive by surprise; we only notice what was truly there, alive, after it’s gone. The last times are blurrier than the first. They are diffuse, fleeting, slipping through our fingers.

But this time, we knew. That it was the last. The last celebration in this house, which resembles the one in your photograph so much. This house, perched on the side of a hill, forest behind, light within.

August 2023. During the gathering, my cousin tattoos a small house on my wrist with a needle. On the inner wrist, where the skin is thin and soft, like a child’s. A house full of symbols. A house to always remember that one, which welcomed our childhoods. A house for joy, trust, warmth. An inked house to anchor, to leave a trace despite trembling, perforated memories. A house for the houses of the past and the houses yet to come. A house for homes to be built, a house that welcomes and reassures, a house of large tables and our quiet mornings, a house both open and closed, joyful and cozy, colorful and calm. A house where one can find solitude, but never feel isolation. That house, which I want to build for my children. » — Juliette Mogenet